“Merde à la guerre” : un artiste yéménite rassemble les civils autour du graffiti\ On “FRANCE 24”

 

“Fuck war” (“merde à la guerre”), une des œuvres de Murad Subay qui a fait le plus réagir.

Un artiste yéménite peint depuis le début du conflit au Yémen les murs de la capitale Sanaa pour dénoncer les crimes de guerre, les disparitions forcées, la pauvreté et les épidémies. Surnommé le “Banksy arabe “par les médias occidentaux, il adopte un mode de travail singulier : le graffiti collaboratif, c’est-à-dire que les habitants d’un quartier réquisitionnent leurs murs pour s’y exprimer librement.

Murad Subay a 30 ans. Artiste-peintre, il vit à Sanaa dont il décore les murs de graffitis aux résonnances politiques depuis le début du conflit, en 2014, entre séparatistes houtistes et forces pro-gouvernementales. Engagé dans les révoltes anti-gouvernementales de 2011, il s’efforce depuis de dénoncer les horreurs de la guerre.

Il a récemment peint une œuvre intitulée “Fuck war “[merde à la guerre, en français], qui a eu beaucoup de succès sur les réseaux sociaux.

L’artiste peint régulièrement les immeubles et maisons en ruines, détruits par les bombardements de la coalition menée par l’Arabie saoudite, qui soutient les forces pro-gouvernementales.

Il s’attarde aussi sur les conséquences sanitaires du conflit pour la population.

Cette fresque dénonce l’épidémie de choléra qui touche le pays. Plus de 300 000 Yéménites auraient contracté cette maladie depuis juin 2017, selon l’OMS.

>> LIRE SUR LES OBSERVATEURS : Eau croupie, choléra et malnutrition : cocktail mortel pour les enfants yéménites

Cette autre fresque symbolise les “trois maux du Yémen” : la guerre, la faim et la maladie.

Cette œuvre dénonce l’utilisation d’équipements militaires américains par la coalition dirigée par l’Arabie saoudite, qui bombarde les régions tenues par les houthis, soutenus par l’Iran.

“J’ai peint le visage de 102 personnes disparues, en collaboration avec leurs amis et familles”

Je suis un artiste autodidacte, j’ai choisi de m’exprimer dans la rue, à la vue de tous. Je veux montrer la terrible réalité de la guerre. Mais mon projet est différent des autres parce que j’appelle toujours les gens à participer et à se joindre à moi. La plupart du temps je lance des appels sur Facebook.

Je mets cette démarche en exergue lors d’une journée spéciale, tous les 15 mars, où des séances collectives de graffiti sont organisées dans plusieurs villes du Yémen et même à l’étranger, au Royaume-Uni, à Madagascar, en France et en Corée du Sud.

À ce moment-là j’essaie de rassembler le plus de matériel possible, de la peinture liquide ou en bombe et des pinceaux. De nombreux participants apportent également du matériel à partager.

Sur un pan de mur choisi en amont, chacun peut peindre ce qu’il souhaite. Bien évidemment, leurs œuvres font presque toutes écho à la guerre, à la mort et au désir commun d’installer la paix.

Je conduis aussi des séries artistiques, comme “Faces of war” qui montre des portraits symboliques des différents maux du Yémen, en cours depuis novembre 2017. En 2012, j’ai aussi peint le visage de 102 personnes disparues, en collaboration avec leurs amis et familles.

L’ONG américaine Human Rights Watch estime que les disparitions forcées sont perpétrées par les deux camps depuis le début du conflit, sans être en mesure de les quantifier avec précision. Au moins 10 000 personnes ont été tuées lors de ce conflit, selon un rapport de l’ONU publié en 2016.

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